« La Covid-19 existe et elle tue» : L’appel d’un patient guéri du coronavirus en Centrafrique
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6/Juil « La Covid-19 existe et elle tue» : L’appel d’un patient guéri du coronavirus en Centrafrique

Dr Patrick Eba, Directeur pays de l’ONUSIDA en République Centrafricaine, partage son expérience en tant que personne dépistée positive et désormais guérie de la COVID-19. Il lance un appel en faveur de la responsabilité de tous, de la non-stigmatisation et de la solidarité pour contenir la pandémie.

 

Au cours des derniers mois, les rues de Bangui se sont couvertes d’affiches alertant sur la maladie a coronavirus 2019 (Covid-19). Les génériques d’attente des appels téléphoniques diffusent des messages de prévention sur le lavage des mains, la distanciation physique et le port (désormais obligatoire) du masque. Autant de signes qui rappellent que la Centrafrique comme toute l’humanité est confrontée à une crise sanitaire sans précèdent, aux profondes conséquences économiques, sociales et même politiques.

 

Malheureusement, dans la vie de tous les jours, à Bangui comme à l’intérieur du pays, la conscience de la menace que représente la Covid-19 reste limitée et les gestes barrières sont encore largement ignorés. En dépit des efforts de communication et de sensibilisation menés par le gouvernement avec l’appui des nations unies et des autres partenaires, les théories du complot et autres thèses aberrantes sur l’inexistence de la Covid-19 se multiplient et sont relayées par les réseaux sociaux. D’après un sondage conduit par l’UNICEF auprès des jeunes en Centrafrique, environ 30% d’entre eux croient que le coronavirus n’existe pas.

 

Et pourtant, la maladie est bien réelle. Au niveau mondial, la barre symbolique des 500 000 décès a été franchie et plus de 10 millions de personnes ont été dépistées positives au nouveau coronavirus. En Centrafrique, à la date du 4 Juillet, 48 personnes étaient décédées de la Covid-19. On compte 3910 personnes dépistées positives dans le pays et je suis l’une de ces personnes.

 

La Covid-19 est bien plus qu’un petit rhume.

 

C’est le Samedi 23 Mai que j’ai ressenti mes premiers symptômes : de la fatigue et des douleurs musculaires. J’ai attribué ces symptômes à la semaine de travail. Mais le lendemain, mes douleurs s’étaient accentuées et dans la nuit du dimanche au lundi, j’avais une fièvre de 39 degrés avec des bouffées de chaleur. Mon lit était mouillé par la sueur.

 

Le lundi 25 Mai au matin, une personne avec qui j’avais été en contact durant la semaine écoulée m’a informée qu’elle avait été dépistée positive à la Covid-19 et qu’elle avait donné mon nom à l’équipe du Ministère de la Sante en tant que contact. Dans l’après-midi du même jour, j’ai été prélevé pour le test dont le résultat était positif.

 

Au cours des prochains jours, je suis resté chez moi en isolement. Mes symptômes se sont vite aggravés. Des maux de têtes d’une intensité que je n’avais jamais connue se sont installés. Le seul fait de toucher mon cuir chevelu me faisait horriblement souffrir. J’ai aussi développé des douleurs au ventre ainsi qu’une hypersensibilité à la lumière et au bruit. J’ai gardé les rideaux de ma chambre fermés et les lumières éteintes car même la lumière du jour me faisait mal aux yeux.

 

J’étais inquiet que ma situation ne s’aggrave au point de nécessiter une hospitalisation. Cette incertitude sur l’évolution de la maladie et la crainte de développer une forme plus sévère de la Covid-19 sont à mon avis parmi les éléments les plus angoissants de cette période. Le soutien de ma famille, de mes collègues et amis a été important dans ces moments d’anxiété et d’incertitude. Clairement, la Covid-19 n’est pas un petit rhume mais une maladie qui peut menacer la vie de certains, et qui peut rendre malade des personnes relativement jeunes et en bonne santé comme moi.

 

Heureusement, les traitements ont permis de soulager mes symptômes qui se sont progressivement dissiper aux cours de la deuxième semaine. A la fin de la troisième semaine, j’avais retrouvé mes forces même si je continuais à avoir des maux de tête surtout à l’effort. Le 11 juin, j’ai fait mon test de contrôle dont le résultat négatif m’a été communiqué le 15 juin. J’ai depuis repris mes activités comme les quelques 859 personnes qui sont aujourd’hui déclarées guéries de la Covid-19 en Centrafrique.

 

Un appel à la responsabilité et à l’humanité.

 

J’ai tenu à partager ce témoignage parce que comme nous l’a enseignée notre expérience de la lutte contre le SIDA, le vécu et les perspectives des personnes affectées par les maladies est essentiel à la lutte contre les pandémies et leur impact sociaux. Face au déni, aux thèses complotistes et à la peur, qui se sont installées autour du coronavirus en RCA, les témoignages rappellent un message simple : la Covid-19 existe et nous sommes des milliers en Centrafrique à avoir contracté cette maladie.

 

Si nous n’appliquons pas les mesures de prévention, des dizaines de milliers d’autres personnes seront infectées et plusieurs pourraient mourir. C’est pour cette raison que je lance un appel à la responsabilité de tous pour le respect des mesures de prévention qui sont au cœur de la réponse nationale contre la pandémie. Ces mesures comprennent l’application des gestes barrières par tous et le respect de la quarantaine et de l’isolement pour les personnes potentiellement exposées ou positives. Bientôt, l’opérationnalisation de l’initiative présidentielle de production et de distribution gratuite de 10 millions de masques pour l’ensemble de la population viendra renforcer le dispositif de prévention destiné à briser la trajectoire de la maladie.

 

Mon témoignage vise enfin à interpeller sur la stigmatisation liée à la Covid-19. A cause de cette stigmatisation, de nombreuses personnes retardent leur prise en charge ou ne vont pas dans les hôpitaux. Sur les 48 décès liés à la maladie en RCA, 33 ont eu lieu en milieu extrahospitalier (c’est-à-dire en dehors des hôpitaux) et concernent des personnes qui n’étaient pas prises en charge ou dont la prise en charge a été tardive.

 

Il n’y a aucune honte à être positif à la Covid-19. Tout le monde – hommes, femmes, jeunes, vieux, centrafricains, étrangers, musulmans, chrétiens – peut être touché par cette maladie. Les personnes affectées ont besoin de soutien et non de rejet. Il nous faut donc créer un environnement social et communautaire qui favorise la prévention et qui encourage tous ceux qui se sentent à risque à se faire dépister, mais aussi à s’isoler et à se faire traiter si nécessaire. C’est uni et solidaire que la Centrafrique vaincra la Covid-19.

 

CopyrightTalato.  La Rédaction de Talato n’est pas responsable des contenus exterieurs.  Elle  témoigne sa solidarité  et salue le courage du Dr Patrick Eba.
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Comments (1)
    FORNEL POUTOU Nadia Carine 6 juillet 2020 at 22 h 47 min Répondre

    Merci Docteur EBA pour ton témoignage édifiant.
    La Covid-19 tue, respectant les mesures barrières pour se protéger et protéger les autres.
    Nadia Carine

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